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Le Samedi Noir des Sang et Or

C'est probablement ce soir, samedi 17 mai 2008, que le Racing Club de Lens connaîtra la nouvelle de sa relégation en Ligue 2 de football. C'est déjà arrivé au RCL en 1968.

Cela n'a aucune espèce d'importance pour des dizaines de millions de Français (et que dire des Chinois ?), et restera même inconnu de la plupart d'entre eux. Mais cette soirée risque d'être marquée d'une gaillette noire dans la mémoire d'un gamin de Lens, aujourd'hui senior et grincheux, qui habita plusieurs années sur la Place Verte dite de la République - dont on apprend ci-dessous en Annexe qu'elle fut en 1905 le terrain de jeu des premiers footballeurs de Lens - et passa 5 ans avenue Raoul-Briquet, celle qui menait au vieux stade où l'équipe arbora pour la première fois ses couleurs Sang et Or. Ce stade resta longtemps une espèce de champ de ruines après les bombardements de la guerre, où les footeux passionnés que nous étions jouaient pourtant vaillamment, sans jamais se blesser.

Le stade Raoul-Briquet n'avait plus de clôture, ses abords n'étaient qu'amoncellements de débris, murs lézardés ou effondrés; les vestiaires, ouverts à tous vents, ressemblaient à un blockhaus après le Débarquement. Les environs n'étaient que vastes terrains vagues où nous attendaient de passionnantes aventures, comme par exemple passer un jeudi après-midi à déterrer des métaux, que nous entassions sur une sorte de poussette d'enfant déglinguée pour aller les vendre à l'heure du goûter à un ferrailleur proche, dont nous tirions quelques francs illico dépensés en achat de  pommes de terre, que nous faisions cuire dans la braise entre plusieurs briques, assis en rond commes des cow-boys fourbus le soir au campement, cachés dans un creux de terrain. Ces pauvres gamins qui décidaient de passer leur jeudi après-midi à ramasser des métaux pour se nourrir de patates appartenaient à quelques unes des familles bourgeoises de la ville ... dont un certain Pino, tel était son sobriquet, lui-même diminutif de Pinocchio (resté inchangé en 2008) dont le papa exerçait le beau métier de médecin de réputation nationale et député-maire de la ville (Le Dr Ernest Schaffner)... Une mère au foyer attentionnée était à ce moment-là en train de penser à préparer pour chacun d'eux le délicieux dîner familial (nous disions "le souper"), qu'ils allaient devoir se forcer à avaler en faisant bonne figure d'affamé, gavés qu'ils étaient du festin intrépide de l'après-midi gagné à la sueur de leur front.

Sur cette même avenue Raoul-Briquet, où ma famille occupait une maison étroite de deux étages avec jardin potager (Ah le vrai goût piquant des radis de papa !), faisant face à l'actuel Lycée Condorcet, vinrent habiter d'autres gamins footballeurs, qui eux en firent une vraie carrière. Ils se nommaient Georges et Bernard Lech. Et croyez-moi, face à eux balle au pied nous nous sentions bien petits. Georges fit son premier match en équipe de division 1 à l'âge de 16 ans face à Marseille, il eut 35 sélections en équipe de France, avec des co-équipiers nommés Wisniewski, Larqué, Djorkaeff (père), Revelli, Trésor... Son jeune frangin Bernard joua 113 matches avec le RC Lens en D1 (29 buts) et au total sur sa carrière pro 320 matches pour 73 buts marqués.

Maintenant, demandez-moi pourquoi la pensée de voir  le RC Lens descendre en Ligue 2 me rend triste aujourd'hui ! La faute à qui ? Pas moins de trois Fées Carabosse se sont penchées cette saison sur ce club, et plus elles se penchaient, en s'y mettant à deux sur la fin, plus l'équipe plongeait. Leurs noms : Guy Roux, Jean-Pierre Papin, Daniel Leclercq... rien que ça, excusez du peu.  Pour savoir comment le PSG sauvera probablement ce soir sa peau en Ligue 1, il y aura intérêt à observer les décisions des arbitres, ces 23èmes joueurs habilités à faire basculer un match d'un coup de sifflet quand bon leur semble.

Si vous êtes encore en train de lire ces lignes, c'est que le football vous intéresse un peu, vous lirez peut-être ci-dessous l'histoire du Racing Club de Lens, celle de son nom "Sang et Or", de son blason, ses temps forts, issue du site "Le 62". Pour la suite, cliquer ci-dessous  -->

LE RACING CLUB DE LENS - Les Sang et Or

1905, Lens, sur la place verte (actuelle place de la république) des lycéens jouent au football. Ils ne savent pas encore qu’ils sont en train d’écrire les premières lignes de l’Histoire du Racing Club de Lens. Pourquoi ce nom ? Le football a été inventé en Angleterre, et il était donc de bon goût d’avoir un nom de club à consonance anglo-saxonne. De plus, les jeunes de l’époque vibraient au gré des exploits du Racing Club de France et du Racing Club de Roubaix.


Le premier comité est formé par les parents de ces adolescents et le club est officiellement enregistré en 1906. Les couleurs du maillot sont le Vert, en référence à la naissance du club sur la place verte, et le Noir, inéluctable dans une ville où la mine est omniprésente. Durant la Première Guerre mondiale, le Club disparaît puis renaît de ses cendres sous l’impulsion du Comité de secours Américain. Le maillot des Lensois vire alors au bleu ciel bordé de blanc

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Le blason des Sang et Or

Les joueurs lensois attendirent 1924 pour adopter les couleurs que nous leur connaissons aujourd'hui, celles de l'Espagne : le rouge et le jaune. Aussitôt, ces teintes prirent une dénomination devenue bien familière, et à laquelle s'identifièrent très vite joueurs et supporters.

Etait-ce le sang des mineurs, l'or de leur cœur ou, celui plus sombre, du charbon extrait au prix de leur sueur, de leur courage, de leur sang, justement ? Quoi qu'il en soit, le Racing Club de Lens était devenu, pour tous et pour toujours, le club… des Sang et OrCe blason date de 1979. Il reprend les couleurs rouge et jaune du club, et intègre au traditionnel symbole qu’est la lampe de mineur, les armes de la ville de Lens qui, en 1969, avait pris le relais des Houillères dans la gestion du club. En 2001, la mention « Depuis 1906 », rappelant l’ancienneté du club artésien, fut ajoutée au-dessus de son nom.

C’est en 1924 qu’apparaissent les couleurs Rouge et Jaune. La légende raconte que M. Moglia, président du club depuis 1923, choisit ces couleurs en référence au drapeau espagnol. Cette idée lui serait venue en passant devant l'église de la ville, vestige de l'occupation espagnole de 1648. On dit aussi que ces couleurs viendraient des mines. Le sang pour le sang versé par les mineurs et l'or pour le charbon récupéré qui avait une valeur d'or à l'époque. Toujours en 1924, le club reçoit l'autorisation d'évoluer au stade municipal Raoul Briquet (aujourd'hui Léo Lagrange) nouvellement aménagé. Pour son ouverture, les Lensois arborent leur nouvelle tunique Sang et Or.

En 1937, le RC Lens accède en première division terminant premier de la D2 avec des joueurs tels que Stanis et Spechtl. Lens réussit à atteindre les huitièmes de finale de la Coupe de France mais l'équipe est éliminée par le Red Star 3 buts à 2.

Avec un meneur de jeu incroyable nommé Siklo, le Racing fera de très bonnes prestations. En 1943, Stanis refait parler de lui, il marque 43 buts en 30 match et son équipe terminera première de D1 zone Nord. Puis, Lens remonte en D1 et recrute Maryan Wisnieski qui fera le bonheur de l'équipe. Malheureusement, des problèmes avec les dirigeants l'oblige à quitter le club pour le UC Sampdoria Gênes sans grand succès.

En 1962, les mines ferment, et s’annonce la probable fin du Racing dont la majorité des joueurs étaient mineurs. De 1956 à 1968, le Racing a du mal à survivre. Pourtant, en 1964, Lens termine troisième et le meilleur buteur du championnat se nomme Ahmed Oudjani (30 buts). Un autre joueur encore va venir s'incruster dans l'équipe, il s’agit de Georges Lech. La relégation intervient néanmoins en 1968.

Dès l'année suivante, les dirigeants des Houillères décident de lâcher le club et de stopper le football professionnel à Bollaert. Lens redevient amateur un an après sa descente en D2.

Henry Trannin, directeur sportif du club, et Arnold Sowinski restent fidèles en attendant des jours meilleurs et jouent les hommes à tout faire

Et les jours meilleurs arrivent en 1969 : la mairie parie sur le Racing. Le maire de Lens, André Delelis, désire voir ce club continuer à faire vibrer le public de Bollaert. Accompagné du futur président lensois, Jean Bondoux, le premier magistrat rassemble bénévoles et souscriptions afin de faire survivre le club. Le Racing sort la tête de l'eau et la mairie récupère le stade Bollaert dans le cadre du transfert du patrimoine minier.

En 1972, le Racing arrive en demi-finale de la Coupe de France face à Bastia. L'arrivée de deux Polonais, Faber et Gregorczik, permet ensuite au club de remonter en D1. En 1975, Lens atteint encore une fois la finale de la Coupe de France face à l'AS Saint-Etienne. Mais les Verts s'imposent (2-0), notamment grâce à une reprise de volée d’anthologie de Jean-Michel Larqué.

Le retour parmi l'élite se fait en 1979 avec Roger Lemerre aux commandes de l'équipe. Dans les années 80, Gérard Houllier et Joachim Marx lui succèderont. Lens est une équipe moyenne de première division, qui réalise quelques exploits mais qui vit avec peu de moyens.

Dans la Ligue Artois, le club devient de plus en plus connu. On envisage alors la construction d'un grand stade, en 1930. Le premier janvier 1932, le Conseil National adopte le statut pro et c'est cette même année que le club inaugure le stade Félix Bollaert, devenu "stade officiel".

« Si j’aime tellement le Racing Club de Lens, si, nous, Lensois, l’aimons autant, c’est en raison des valeurs fortes que nous ressentons au fond de nous-mêmes et que nous ont léguées celles et ceux qui contribuèrent à bâtir ce club hors norme. Hors norme par sa longévité. Hors norme par sa spécificité dans les relations humaines qu’il suscita au travers de toutes ces générations de footballeurs qui en défendent l’honneur depuis 1906. Hors norme par son histoire, une histoire étroitement associée à celle d’une ville et d’une région qui sont toujours parvenues à se redresser et à avancer quels que soient les multiples obstacles rencontrés Nous sommes issus d’un monde discret, dur au mal, appliqué, où l’on parlait peu de soi et de ses souffrances : tel était le monde de la mine. Nous devons être fiers de cette appartenance : cet univers représente la richesse humaine, le cœur, la combativité, la solidarité. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle une lampe de mineur est représentée sur notre maillot. Celle-ci est le symbole de notre passé. Elle est garante de la viabilité, de la respectabilité de notre futur ! "

Gervais Martel, Président du Racing Club de Lens


Quelques chiffres

  • Plus large victoire en championnat : Lens-RC Paris : 10-2 (1963-64).
  • Plus large victoire en Coupe d’Europe : Avenir-Beggen-Lens : 0-7 (1995-96, C3).
  • L’exploit européen : Lens-Lazio de Rome : 6-0 (02/11/1977, C3).
  • La victoire contre Arsenal à Wembley (1-0). Lens est le seul club à avoir gagné en coupe d'Europe dans ce stade aujourd'hui remplacé par l'Emirates Stadium
  • Record de buts : Stefan Dembicki (dit Stanis) : 16 réalisations en une seule rencontre (Coupe de France, en 1942, face à Auby Asturies). Victoire finale du RC Lens : 32-0 !
  • Plus grand nombre de matchs en championnat avec le RC Lens : Eric Sikora (497 matchs) et Bernard Placzek (377 matchs).
  • Meilleurs buteurs de D1 : Ahmed Oudjani (30 buts, 1963-1964) et Roger Boli (20 buts, 1993-1994).
  • Meilleurs buteurs du club : Maryan Wisnieski et Ahmed Oudjani (93 réalisations).
  • Record d’affluence à Bollaert : 48 912 spectateurs en février 1992 (Lens-OM : 2-1).

SOURCE : http://www.le-62.org/lens/racing-club-lens-RCL.htm

Commentaires

Deposuit potentes de sede et exaltavit humiles.

Reqiescant in pace.

Sic transit gloria mundi.

Hodie mihi, cras tibi.

Voilà différentes citations latines qui consoleront le Grincheux des vanités Ch'tis.

ne pas oublier :

degringolavit de brancha in brancham et fescit pouf (merci M. Lourme)

Le nom exact de la troisème Fée Carabosse est Leclercq.

Sinon, ta prévision s'est hélas révélée d'une précision infaillible. Pourrais-tu me communiquer (en privé, oeuf corse) la liste des numéros qui sortiront au prochain tirage de l'EuroMillions ?

Bref, la Ligue 1 de football est désormais et avant tout un spectacle à vendre aux abonnés (des stades et de canal), et donc cela génère un business trop important pour que son organisation soit véritablement laissée au seul hasard. Ce n'est là que ma piètre opinion, ma cynique vision (je te le concède) du sport-spectacle en 2008.

Nous, avec le fruit de notre récolte, on allaient acheter des P4 et des malabars...

Dimanche 18 mai :
ITE MISSA EST !

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