Ah, la République ! Sans elle, que serions-nous ...
Jack Lang se rengorgeait la semaine dernière en prononçant ces mots : " l'école de la République ". Parler de l'école tout court ne suffit pas. Comment avoir une quelconque chance d'impressionner l'auditeur en prononçant " défendre l'école " ? Il y a aussi à longueur de journée sur les ondes tous ces "principes républicains", ces "valeurs républicaines", sans lesquels le babillage politicien sonnerait bien creux. Imaginez-vous François Fillon défendre cette semaine le service minimum d'accueil dans les écoles "au nom des principes" ? Des principes de quoi, de qui, ça ne fonctionne pas sans ajouter "républicains".
En y réfléchissant, on se prend de pitié, presque d'une compassion teintée de mépris, pour tous ces malheureux pays voisins tentant de survivre tant bien que mal hors de la République, sans tous ces principes républicains, ces valeurs républicaines hors desquels nous aurions, nous, la sensation de périr. Songez à l'Espagne, parle-t-elle à longueur de jours de ses valeurs monarchiques ? Que nenni, ce serait la honte. Ayez une pensée pour les Pays-Bas, déjà affublés d'un nom péjoratif, dont ils auraient dû depuis longtemps demander à changer, comme le fit le département de Seine-Inférieure devenu Seine-Maritime, ou celui des Basses-Alpes, les Pays-Bas, petit pays plus bas que le niveau de la mer, suffisamment humilié par son nom pour ne pas en rajouter avec des "valeurs royalistes", pas davantage que ses mitoyens du nord et du sud, le Danemark et la Belgique totalement privés de valeurs républicaines, condamnés à éduquer leur jeunesse à la va comme j'te pousse dans les écoles ... du pays, et non comme nous dans les écoles de la République, en leur inculquant des valeurs ... non qualifiées, communes, banales. Des valeurs tout court, quoi, qui ne sauraient les mener bien loin sur l'échiquier international, comme on le voit.
Et comment évoquer sérieusement le Royaume Uni, un "royaume", pensez donc, comme nous au temps de Louis XI, un royaume où une Reine en chapeau se balade dans les rues de la capitale tractée par des chevaux ! Ils ont des écoles, d'accord, à Oxford ou Cambridge, mais elles ne sont pas labellisées "de la République".
Ayons un petit sourire (sarcastique) avec le ton (condescendant) qui convient pour évoquer enfin celui qui persiste à se prendre pour le plus grand de tous, la Liberté Eclairant Le Monde, les Etats-Unis : pas même foutus de se hisser au niveau d'une République, ils sont restés un agglomérat d'états. Mais comment font-ils donc pour dire en anglais comme Jack Lang avec des trémolos dans la voix : "je défends l'école de la République" ? Ne me dites pas qu'ils montent sur le podium devant 10 000 personnes survoltées ou s'assoient devant les caméras de CNN pour déclarer "je défends l'école" ! L'école de la nation, l'école des USA, peut-être, à la rigueur, ou "l'école de l'état du Missouri", mais avouez que ça n'a pas de gueule, c'est plat, mou, pas possible de placer des vibratos de gorge sur des paroles comme ça. Ou alors, pour coller à la réalité : "je défends l'école de la confédération" (ou l'école confédérationnelle ? Ridicule !).
Fort heureusement, nous autres les Républicains de France ne sommes pas seuls, mais accompagnés çà et là de par le vaste monde de quelques beaux exemples de républiques où l'on est heureux d'imaginer des Jack Lang locaux, des François Hollande endémiques, montant à des tribunes chaque dimanche dans des salles bondées pour rappeler avec force leur détermination à défendre bec et ongle les valeurs républicaines, l'école de la République, les grands principes républicains. Je pense ici à la République Populaire de Chine, à la République Démocratique du Congo (plus forts que nous, ceux-là : république et démocratique), à la République Socialiste du Vietnam, à la République Islamique d'Iran...
SUIVI, 19.05.08 - - Le Nain, dans "Commentaires", fait rebondir le remue-méninge d'un ton narquois en soulignant que nos papiers officiels indiquent "République française" et non "République de France", à la différence de celles de Chine et d'Iran qui ne sont pas chinoises et iraniennes. A vrai dire, j'ignore sur le coup ce que l'on peut en déduire... Serait-ce un peu comme la différence entre "Roi des Belges" et "Roi de Belgique" ? ... Hélène vient d'outre-Rhin mettre son habituel (et toujours apprécié) grain de sel et compliquer le sujet sur lequel nous planchons, en nous faisant remarquer qu'aux USA ils ne sauraient avoir de valeurs ou de principes "républicains" puisque cela désignerait un parti politique, pas plus que de valeurs ou de principes "démocratiques", pour la même raison. On voit à quelle indigence de pensée et de vocabulaire ces gens-là sont réduits (tandis qu'à l'inverse les politiciens de la République Démocratique du Congo peuvent jongler avec les deux vocables).
SUIVI, 30.05.08 - - J'ouï dans le poste que suite aux récentes Elections Municipales certains maires (de droite, on le sent bien) se sont arrangés pour saccager les lieux pour le successeur (trousseaux de clés non étiquetés, disques durs d'ordinateurs effacés...). Et un politicien de déclarer : "certains élus ne se sont pas comportés en républicains." En Suède, au Danemark, en Belgique, en Espagne (etc.) faute de vocabulaire adéquat, ils seraient obligés de dire "certains élus se sont comportés comme des gougnafiers" ou (surtout en Angleterre) "certains élus ne se sont pas comportés comme des gentlemen".


J'en connais un qui s'est marié
A une grande raie publique
Il dit quand elle lui fait la nique
"Ah! qu'est-ce qui tu me fais, ma raie !"
La maman des poissons elle a l'oeil tout rond
On ne la voit jamais froncer les sourcils
Ses petits l'aiment bien, elle est bien gentille
Et moi je l'aime bien avec du citron
(Boby Lapointe, La Maman des poissons)
Rédigé par: diablotine | le 18 mai 2008 à 10:22
Notons quand même d'un air narquois et désabusé que la République est supérieure à la France et que celle-ci doit s'effacer devant le régime de banane. Il est marqué sur tout les documents officiels République française, et non République de France, signe que celle ci est universelle et que la France n'en est qu'une composante comme la SFIO n'était que la branche française de l'Internationale Ouvrière.
Mais cela va changer, il y avait déjà 47% de Royalistes aux dernières élections.
Rédigé par: Le Nain | le 19 mai 2008 à 10:06
Dans le cas du Roi des Belges, je crois que la primauté du peuple prévaut sur celle du territoire, comme Louis-Philippe était devenu Roi des Français à la place de Charles X, Roi de France.
Dans le cas de République française, la primauté est clairement donnée à la république, non au peuple. On aurait pu concevoir une République des Français, ce qui n'a pas été le cas.
Devons nous en tirer des enseignements ?
Rédigé par: Le Nain | le 19 mai 2008 à 12:49
Aux USA, les politiciens ne peuvent pas parler comme leur homologue francais de valeur republicaine (de la République) puisque avec leur parti politique Republicain qui a aussi des valeurs republicaine (mais pas de la République), idem pour les valeurs démocratiques ou démocrates (confusion possible avec le parti politique Democrate et).
Rédigé par: Helene | le 19 mai 2008 à 17:16
Un peu d'histoire:
Louis-Philippe est roi des Francais et non de FRance comme son cousin Charles X, détroné en 1830 par le peuple. Le peuple a plébiscité la branche d'Orleans pour que Louis-Philippe occupe la fonction de Roi et pour leur remercie il s'est nommé roi des Francais.
Dans la même année, la Belgique avait acquiert son indépendance (je crois de la Hollande mais je n'en suis pas sur du tout) et le peuple avait chiois le prince Leopold de Saxe-Gobourg, veuf de la princesse Charlotte de Galles.
Il accepte le vote du peuple belge et devient le premier roi des Belges en 1830, il est l'oncle de la Reine Victoria d'Angleterre, le gendre de Louis-Philippe d'Orléans, sa fille Charlotte épousera l'archiduc Maximilien d'Autriche (qui fut exécuté en tant qu'empereur du Mexique), son fils le futur Léopold II épousera une Habsbourg qui lui donnera 3 filles (dont une sera l'épouse du prince-héritier Rudolphe d'Autriche et la petite dernière se maria avec le chef de la famille Bonparte) et un fils mort avec 10 ans. Je m'éloigne du sujet.
Bref,Louis-Philippe comme Léopold I doivent leur ascension sur le trône par la volonté du peuple qui les a choisi. Ce qui les différenciés est que le premier a perdu son trône aussi par la volonté du peuple, alors que le second l'a su garder et transmis à son fils ainé.
Rédigé par: Helene | le 21 mai 2008 à 14:37