Aujourd'hui les deux journalistes de France Telévisions retenus en otages pendant 18 mois sont de retour et considérés par nos dirigeants comme des héros de la nation qui auraient accompli un exploit exceptionnel ou un acte de bravoure hors du commun.
Or, ils n'ont rien fait pour faire avancer la paix et la démocratie en Afghanistan, ils n'ont jamais été mal traités, ni battus, ni humiliés et reviennent d'ailleurs en affichant une bonne santé. Ils disposaient même dans leur captivité de moyens d'information (un poste de radio : c'est eux qui ont annoncé la mort de Ben laden à leurs gardiens, un comble !). On est loin des geôles de Louis XI. Ils ont subi un enfermement long, capturés pour devenir marchandise d'échange (échange contre qui, quoi, combien ?). Ce qui a fait leur spécificité s'explique par leur métier de journaliste, déclenchant le soutien de l'ensemble de leur profession : leur nom prononcé, et leur photo affichée à chaque fin de JT sur France Télévisions un an et demi durant. Et c'est pour cela qu'eux, et non des lambdas tout aussi méritants et "ne faisant qu'exercer leur métier" en Afghanistan, mais sans soutien médiatique, ont été choisis.
Le président de la république et sa dame (qui est la première de rien du tout, il faut que les petits journaleux à la botte cessent de nous gonfler avec leur "première dame de France") les attendaient à l'aube au bas de l'échelle de leur avion. Le millième de ce faste n'a pas été déployé pour le retour au pays du 61e, du 62e ni du 63e soldat tué en 'Afghanistan. Ceux-là n'ont donné que leur vie. En France, être en mission de journaliste salarié de la télévision publique est bien plus honorable qu'être en mission de soldat. Encore faudrait-il être certains que Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière ont été ravis pendant leur travail, et pas pendant une échappée privée dans leur temps de loisir sur place entre la fin du reportage et le décolage de l'avion du retour. Lire plus bas.
A Villacoublay on entendait sur les radios les reporters en direct expliquer qu'ils ne savaient rien, ne voyaient rien parce que tout avait été organisé pour tout cacher à la presse à l'attérissage. C'était une magnifique leçon de journalisme : le talent de combler par du bavardage l'absence totale d'information. Dire qu'on ne sait rien peut leur prendre plusieurs minutes, c'est un métier.
Un doute subsiste à propos des otages : oui ou non ont-ils été kidnappés au cours de leur mission de reportage proprement dite, ou plutôt après leurs heures de travail, au cours d'une balade privée décidée à leur seule initiative ? Pourquoi avons-nous entendu venant de l'Elysée début 2010 les commentaires qui suivent :
Le 5 janvier 2010, le ministre de la Défense Hervé Morin déclare avoir une "idée probable du lieu où ils se trouvent". Immédiatement, les ravisseurs déplacent leurs otages, selon plusieurs sources proches des négociations à Paris.
Douze jours plus tard, le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, dénonce l'"imprudence vraiment coupable" dont auraient fait preuve les deux reporters et "le scoop (...) recherché à tout prix".
"Il sera temps, une fois qu'on les aura fait revenir dans leurs familles, de voir ce qui s'est passé, et pourquoi ils se sont conduits comme cela", renchérit quelques jours plus tard le président Nicolas Sarkozy. SOURCE : AFP
Que signifiait Monsieur Sarkozy en disant "pourquoi ils se sont conduits comme cela" ? Qu'est-ce qui a bien pu modifier du tout au tout l'attitude de Sarkozy entre janvier 2010 (ils se sont comportés de manière imprudente, coupable) et juin 2011 (accueil protocolaire en héros de la nation) ? Pourquoi deux hommes qui auraient été enlevés à cause de" leur imprudence coupable" sont-il devenus au fil des mois de captivité tellement admirables ? En plus de la rançon (plus que probable), combien nous a coûté "l'imprudence vraiment coupable" de messieurs Ghesquière et Taponier ?
Il paraît que la France est le seul pays qui se livre à tout ce cinéma quand un otage est libéré. Je ne parviens pas à comprendre pourquoi il faut un président de la république accompagné de sa dame, dont la profession est chanteuse de variétés, pas espionne de la DGSE, pour aller accueillir à l'aérodrome deux otages.
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PARMI LES COMMENTAIRES :
MOSSIEUR RESSE - Tu devrais là encore lire un texte formidable de Philippe Muray (dont je t'ai souvent parlé) qui avait évoqué tous ces "défilés pour FLorence", "lachers de ballons", manifs à rollers, concerts de klaxons POUR FLORENCE, qui disait il, auraient eu lieu DE TOUTE FACON, avec ou sans enlèvement, mais trouvaient là une justification à être et à s'affirmer UTILE, cette "pensée magique" laissant entendre que "plus nous serons nombreux", plus vite ils seront libérés... Ce qui est évidemment aussi puéril que l'enfant qui piétine pour obtenir satisfaction de son caprice.
TITUS - Gageons que c'est grâce aux lâchers de ballons que ces héros des temps modernes ont été libérés. Gageons également que les prisonniers talibans libérés en échange sauront dépenser nos sous à bon escient; construction d'écoles mixtes et reconversion des champs de pavots vers l'agriculture équitable. Le chantage a porté ses fruits, le gouvernement a plié aux exigences des médiacrates. Ces rappels en boucle, ces manifestations citoyennes avaient pour seul objet d'obliger l'Etat Français à s'engager dans un marché d'escrocs. Tout cela encourage les vocations, pourquoi ne pas imaginer qu'une journaliste célèbre soit enlevée par quelques dealers du 93 ? Sous couvert d'une revendication politique bidon ils exigeraient la libération d'un des leurs accompagné d'une rançon conséquente. Tous les médias en feraient leurs choux gras, insistant bien pour que l'Etat français se plie à leurs exigences et à celles des ravisseurs. Quand je vois le retour festif des deux journalistes et l'importance qu'on a donné à cette affaire, je me demande si on ne se fout pas sérieusement de notre gueule.
SULFUR2000 - Au mois de mars dernier un ami me rapporte l’existence de plusieurs sites web reprenant les propos d’un certain général Roudeillac qui stigmatisait l’attitude irresponsable des deux journalistes de FR3 qui s’étaient fait enchristés en Afghanistan par des talibans. Ces propos circulaient sur la toile depuis le début de l’année. Au début j’ai cru à un "hoax", un canular comme il en existe pleins sur la toile. Vérification faite, l’histoire semblait véridique jusqu’à ce que le général, avec plusieurs mois de retard, démente lui-même l’information. Fin du premier épisode. Or, peu de temps après, le même ami, reprend les propos d’un ami de son fils, militaire engagé volontaire travaillant dans le contingent français en Afghanistan au service communication en relation avec la presse internationale et ayant vécu en direct l’affaire Ghequières – Taponnier. Ce témoin direct affirme que les deux journalistes ont été drivés par les militaires pendant leur séjour à la base dans la région de Kapissa, qu’ils ont ensuite souhaité poursuivre seuls leur enquête dans une zone dangereuse, qu’ils en ont été dissuadés et qu’ils sont partis seuls avant de se faire prendre. Le même témoin ajoute que les journalistes français se distinguent par leur attitude inconséquente à tel point qu’il a du « botter le cul » à quelques irresponsables refusant de porter un gilet pare balles pendant leur reportage. Aussi quand hier au siège de France Télévisions, Ghequières affirme ne pas avoir été averti par les militaires du danger potentiel, je sais qu’il ment. Heureusement que la France « ne paie jamais de rançon », car dans le cas contraire, imaginez ce que les talibans pourraient acheter comme armement avec des dizaines de millions ! A suivre …

