J'ai été l'heureux détenteur d'une motocyclette pendant une dizaine d'années. Un collègue de travail, Jean-Luc B., m'en avait transféré le virus. Comme je ne possédais pas le permis moto, j'étais plafonné à ne rouler qu'en 125 cm3 maximum (les tricycles n'existaient pas). J'avais donc opté pour une Honda 125 CM où le C signifie 'custom' (guidon redressé).
Je me rappelle n'avoir utilisé qu'une seule fois ce moyen de locomotion pour me rendre vraiment quelque part : le reste du temps je sautais sur mon engin pour aller faire des balades en boucle à travers la campagne verdoyante de la Vallée de Chevreuse, au sud-ouest de Paris. Si je peux affirmer 'verdoyante' c'est parce que jamais la moto ne sortait l'hiver, je n'étais pas un motard intrépide. Carrément un motard du dimanche, sous certaines conditions météorologiques.
J'ai bien aimé humer la senteur des sous-bois, le parfum enivrant des champs fraîchement moissonnés, j'ai appris à faire le salut aux confrères croisés en chemin. Je n'ai pas du tout aimé me retrouver coincé entre deux gros culs en ne disposant pas de la puissance pour m'en extirper.
Un jour le garagiste qui me la remettait en état de rouler à l'arrivée des beaux jours m'a prié de le suivre dans son bureau, il a fermé la porte afin de me sermonner gentiment pour avoir trafiqué le compteur, c'était assez évident puisque âgée de près de dix ans la moto ne totalisait guère plus de 5 000 kilomètres.
Un autre jour un artisan venu réparer la toiture a flashé sur la Honda 125 CM fièrement dressée sur ses ergots dans le garage et m'en a offert un bon prix ; je me suis résolu en un instant à quitter la confrérie des motards. Il est vrai qu'à chaque printemps ma décision était prise : je sortais la moto du garage et l'astiquais minutieusement pendant deux bonnes heures afin de lui rendre toute sa beauté initiale et la mettre en vente. Quand j'en avais terminé, je prenais un peu de recul pour admirer le résultat de mon travail, et, comme c'était toujours par une journée ensoleillée, le spectacle de mon engin étincelant me ravissait et je me disais : mais pourquoi me séparer d'une aussi belle moto, c'est idiot ! Et c'était reparti pour un tour. C'était devenu une véritable tradition, comparable aux fêtes de la Saint-Jean du solstice d'été. L'événement avait lieu en avril. Et un jour un artisan est venu réparer la toiture...
Au cours de l'une de ces pérégrinations pétaradantes je me suis présenté par un beau samedi d'été en fin d'après-midi devant un pont où une fille grimpée sur le parapet s'apprêtait manifestement à sauter dans le vide pour son dernier voyage vers l'au-delà.
J'ai pilé net et je lui ai crié "Qu'est-ce que vous faites ?"
Elle m'a répondu "Je vais me suicider !"
Je pouvais maintenant la contempler, elle était jeune, pas plus de vingt ans, peut-être même autour de dix-huit, superbe, c'eut été dommage de voir disparaître un si beau brin de fille.
Tout de suite mon instinct de viril motard m'a permis de flairer la bonne affaire : j'allais entreprendre de la consoler et elle m'en serait reconnaissante. Gagnant-gagnant. L'air était chaud, l'endroit calme, ma Honda était bien stationnée, les oiseaux chantaient comme pour s'accoupler à nouveau dans les feuillages du massif forestier de Rambouillet.
Je lui dis alors : "Avant de sauter, pourquoi n'embrasserais-tu pas un homme une dernière fois ?"
Elle est descendue du parapet d'un bond et est venue se coller à moi pour m'embrasser avec volupté. Sa langue était veloutée, le baiser fut long et profond.
Après une telle embrassade, je l'ai complimentée : "Hou-là-là, eh beh ! C'est la première fois qu'on m'embrasse de cette façon. On pourrait peut-être passer un petit moment dans un buisson, j'ai à te parler ?"
La fille sur le pont était d'accord, "tu aimes les fellations ?" m'a-t-elle lancé tout à trac tandis que nous marchions vers un bosquet propice. Aussitôt dit, aussitôt fait. Jamais Popol n'était sorti aussi vite de son slip, même après quatre bières. Il semblait en pleine forme, comme s'il avait compris le projet avant même que la fille n'en parle.
Cette nana avait la langue sacrément bien pendue ! Quand j'allais lundi raconter ma bonne fortune à mon collègue Jean-Luc B. ça ferait le tour de la boîte, ils en feraient des gorges chaudes. Au collège la môme avait dû choisir turlute première langue. Jamais je n'avais été traité d'aussi belle manière. Et elle avait terminé sa prestation en avalant la fumée, ce qui est toujours agréable pour le donneur !
J'étais en train de me rajuster, encore sonné par tant de plaisir, quand je me suis décidé à enfin passer à la phase de traitement psychologique. Pourquoi cette idée suicidaire, alors que la vie pouvait lui permettre de faire la connaissance d'un homme cultivé, brillant d'humour et amateur de pipe, comme moi par exemple, pourquoi gâcher un si beau talent, et -ce n'était pas mon genre- mais je suis persuadé que certains mecs seraient prêts à payer cher pour un quart d'heure de voyage extatique avec elle, si c'est un souci d'argent qui la poussait au suicide.
- D'ailleurs, peux-tu m'expliquer pourquoi tu avais décidé d'en finir avec la vie, ma chérie ?
- Parce que mes parents n'aiment pas que je m'habille en fille !

J'avais aussi une 125 Honda, je l'ai lâché en me mariant car mon épouse ne voulait pas être veuve trop tôt.
Elle le regrette peut-être aujourd'hui !
Rédigé par : Le Nain | 21 janvier 2012 à 11:50
http://www.smiley-lol.com/smiley/heureux/mmdr.gif
T'es con, tu sais !
Rédigé par : VeCh | 21 janvier 2012 à 13:10
Je l'astiquais minutieusement pendant deux bonnes heures... le spectacle de mon engin étincelant me ravissait... Des photos, des photos, des photos !
Rédigé par : Alice | 21 janvier 2012 à 15:33
J'avais aussi une 125 Honda, une CG.
Un ahuri nous a coupé la route en voiture, malheureusement je portais ce jour là un casque bol. Pas de bol donc, pour mes dents, ma joue, le guidon de la honda pris dans la bouche me fait trente et quelques années plus tard ce permanent sourire allongé côté gauche... qui fait tout mon charme, dirons-nous histoire de positiver.
Rédigé par : Mossieur-resse | 21 janvier 2012 à 17:17
ALICE : tu réclames des photos et tu as raison. En souvenir de lui avoir sauvé la vie, j'ai fourni à la fille sur le pont des photos de l'engin bien astiqué.
Rédigé par : Grincheux Grave | 21 janvier 2012 à 17:37
@ Mossieur-resse: une honda Gégé? tu m'étonnes! Grand fou, vas!
Rédigé par : VeCh | 21 janvier 2012 à 18:15
OK, GG mais comme je ne suis pas la fille sur le pont, je reste avec ma frustration...
Rédigé par : Alice | 21 janvier 2012 à 21:08
avec une moto equipee de retroviseurs la conclusion de cette histoire aurait ete toute autre .......
Rédigé par : PACHA | 22 janvier 2012 à 01:21
@VeCh :naaan, pas "GG", "CG". je suis flagorneur, mais il y a des limites, tout de même ;)
Rédigé par : Mossieur-resse | 22 janvier 2012 à 01:35
Mieux veaux tard que jamais ?
Rédigé par : Dominique | 22 janvier 2012 à 01:36
@alice. GG parlait de son engin à moteur. êtes-vous blonde?...
Rédigé par : adamastor | 22 janvier 2012 à 02:50
@ Adamastor. Oui, il parlait de son moteur à explosion : Admission / Compression / Explosion / Echappement, le Honda 125CM ayant un moteur quatre-temps, je crois.
Qui a dit que j'étais blonde ?
Rédigé par : Alice | 22 janvier 2012 à 11:26