Sa Sainteté Betancourt fut libérée le 2 juillet 2008. Dès le 3 juillet je me suis mis à exprimer ici (relire dans Catégories, colonne de droite) les violentes réticences et les doutes qui m'envahirent dès les premiers instants, à contre-courant du choeur des médias, littéralement prosternés devant ce qu'ils nous présentaient comme un immense événement d'histoire contemporaine. Je me rappelle très bien avoir noté que sur toutes les chaînes TV, la moitié de la durée complète des JT fut consacrée à Madame Betancourt et son "calvaire dans la jungle"... alors qu'elle était descendue d'hélicoptère fraîche comme une rose, comme sortie de six semaines de thalasso à Quiberon. Sans aucune retenue, sans analyse, sans le moindre recul, sans esprit critique, bref sans aucune des qualités de base d'un journaliste, les plus grands rédacteurs-en-chef des médias les plus vus (TF1, FR2, Paris Match...) se jetèrent sur Betancourt pour nous l'imposer comme une nouvelle icône confinant au divin. Tous les ingrédients y étaient : le chapelet, la prière à genoux, la jungle, les projets de pèlerinages à Lourdes et à Rome, et surtout, surtout, cette figure de vierge en extase auréolée de nattes qu'avait su se composer la nouvelle idole des foules.
Le grand poète Renaud avait composé, pour attendre sa libération et forcer la main aux farc, des vers de mirliton impérissables : Nous t'attendons Ingrid - Et nous pensons à toi - Et nous ne serons libres - Que lorsque tu le seras. Le Maire de Paris en bon socialiste droitdelhommiste avait fait apposer de grandes affiches exigeant la libération de cet être exceptionnel et précieux qu'était à ses yeux madame Betancourt. Dans la même fournée de libération figuraient 11 Colombiens, 3 Américains .. mais on attend encore les remerciements du président George Bush et du président Alvaro Uribe à messieurs Renaud et Delanoë. Immédiatement la légion d'honneur fut attribuée à Betancourt, pour quel motif ? S'être fait capturer puis avoir séjourné six ans aux mains de ses ravisseurs : un exploit. Légion d'honneur attribuée, sans doute aucun, en vertu de l'article 1 du Chapitre 1 de cette décoration, qui stipule : " La Légion d'honneur est la plus élevée des distinctions nationales. Elle est la récompense de mérites éminents acquis au service de la nation soit à titre civil, soit sous les armes."
Nous voici en avril 2009. Entre-temps, nous avons eu l'épisode poignant en octobre où l'on vit Sa Sainteté Planétaire Betancourt louer une salle, lancer des invitations à la presse en prévision de son probable décrochage du Prix Nobel de la Paix. Une bouffonnerie d'orgueil qui aurait dû déclencher les sarcasmes des médias. Mais non, il l'avaient encensée, ils continueraient. Avril 2009, il aura donc fallu aux spécialistes les mieux informés -ceux qui sont en charge de nous informer et savent même des choses qu'ils ne nous disent pas- un total de neuf mois, une gestation, pour enfin commencer à, semble-t-il, comprendre quelle personne perfide se cache derrière la façade de madone. Je vous renvoie à tous les médias, qui tous ont couvert cette semaine le passage en France de l'ex amie et ex codétenue de Betancourt, Clara Rojas. Son livre 'Captive', éditions Plon, révèle les fourberies, les cruautés, le tempérament sournois de la Betancourt. Avant cela, dans 'Out of captivity' paru en février trois ex-otages américains décrivaient Betancourt comme égoïste et hautaine, se comportant en princesse dans les geôles où elle tentait d'exercer son influence pour son avantage exclusif avec une arrogance incontrôlable (Paris Match N°3126, page 62).
Messieurs-Dames des médias, de la politique et du gouvernement qui avez tant fait pour nous imposer Betancourt comme une sainte et une héroïne, je guette sur vos ondes et dans vos canards un acte de contrition, une repentance, un mot d'excuse, une auto-critique... C'est le bon moment. Alors, ça vient ?