Brice Hortefeux est l'homme le mieux informé de France, comme Ministre de l'Intérieur. Il était environ 17 H mercredi 8.12 lorsqu'il a fait une déclaration aux médias. La neige tombait sur la région parisienne depuis environ quatre heures, elle tenait bien au sol et sa couche s'élevait déjà à plus de 7 centimètres (pour ensuite dépasser 10). Des millions de franciliens, parfois simplement en jetant un oeil par la fenêtre, pouvaient se rendre compte qu'à cette heure précise une pagaïe monstre régnait sur la circulation, pas seulement en ralentissements mais en incidents : voitures versant sur le bas-côté, utilitaires incapables de gravir la moindre pente, automobiles placées en travers de la chaussée, semi-remorques "en portefeuille".
Et c'est pourtant à cet instant que l'homme le mieux informé de France a déclaré :
"Il n'y a pas de pagaïe. il y a des complications..." (inscription de ceci aux "meilleures de l'année" sous le numéro 24)
Les journalistes, qui une fois de plus n'ont rien compris, se sont crus autorisés à titrer dès les JT de 20H de mercredi, puis en rafales le lendemain matin jeudi sur la grande "pagaye" en Ile de France, la paralysie de la région, les naufragés de la neige, les employés qui par milliers sont restés passer la nuit sur leur lieu de travail, les conducteurs abandonnant leur véhicule sur le côté pour continuer à pied...
Et Brice Hortefeux a ajouté cette explication consternante de sottise :
"Ce qui pose problème, ce sont les routes quand elles sont inclinées."(inscription de ceci aux "meilleures de l'année" sous le numéro 25)
Oui, d'après le Ministre, le plus proche du président Sarkozy, ni la neige, ni le verglas, ni l'absence de salage, ni la désobéissance des conducteurs de poids-lourds qui ont continué à circuler malgré l'interdiction, rien de tout cela ne pose problème : il suffira de procéder à une grande opération de désinclinement des routes en Ile de France. Habitants de Suresnes, Saint-Cloud, Sèvres, Ville d'Avray, Meudon, Chaville, Vélizy-Villacoublay (pour ce citer que les villes que je connais bien ayant des rues pentues), attendez-vous à de gigantesques travaux. Habitants de Montmartre aussi.
En priorité, la première tâche (herculéenne) devrait être de "mettre à plat" le tronçon N118 qui va du Pont de Sèvres (sortie ouest de Boulogne-Bt) pour atteindre le plateau de Vélizy-Villacoublay (et son aérodrome) au niveau centre commercial Vélizy II : sur plusieurs kilomètres cet axe en forme d'autoroute à 2x2 voies ne fait que grimper, et avec des virages, tandis qu'en sens inverse il ne fait que descendre (avec virages aussi). C'est là que se produisent les pires naufrages à chaque gros "épisode neigeux" depuis trente ans : un gros cul se place de traviole dans chaque sens, tout s'arrête, les clients du centre commercial ne peuvent plus sortir du parking, certains passent la nuit sur place, un marchand de lits d'Usine Center leur ouvre son magasin et ses matelas. Donc je résume : mettre à plat la 118 d'abord, en site-pilote, puis si la DDE se rend compte que c'était faisable, envisager d'autres chantiers.
La nuit porte jarretelle et conseil, même aux plus obtus des ministres et elle apporte des informations au ministre de l'Intérieur (informations que n'importe quel glandu connaissait depuis la veille après-midi), puisque le lendemain de son "pas de pagaïe", à l'aube, il lance un appel vibrant aux automobilistes de ne pas rouler en Ile de France. Pour ne pas ajouter à la pagaïe qui n'existe pas ?
Les rigolos de service s'en sont décidément donné à coeur joie, puisque j'ai aussi entendu sur une radio un fonctionnaire de la Direction de l'Equipement fournir une longue explication technique sur l'enchaînement des facteurs ayant compliqué la situation dans les transports, et celui-ci d'ajouter en conclusion : "c'est ce qu'on appelle l'effet boule de neige."
Soucieux de ne pas laisser son ami Brice débiter des âneries tout seul, le président de l'arrêt public est revenu ensuite sur ce que la parole correcte médiatique a nommé avec emphase "un épisode neigeux" (ce qui a entraîné Fillon à parler ensuite d'un "épisode chaotique"), avec cette déclaration incroyable : "Nos services fonctionnent bien, mais avec un décalage de deux ou trois jours." (inscription de ceci aux "meilleures de l'année" sous le numéro 26). SOURCE : LE FIGARO - 10.12.2010
C'est vrai que passer avec les déneigeuses deux ou trois jours après le chaos, cela permet de faire le travail posément, en toute quiétude, de bien s'appliquer (pour autant qu'il subsiste encore un peu de neige deux ou trois jours après la chute). Brice et Nicolas seraient-ils les nouveaux duettistes désopilants que vont s'arracher les chaînes de télé pour garnir leurs programmes du samedi soir ?