Noir c'est noir, et il reste l'espoir. Johnny Hallyday, immense chanteur français totalement inconnu dans le reste du monde, devrait suivre l'exemple d'Eddy Mitchell et arrêter de sauter comme un cabri d'une clinique à un avion en passant par une scène de Zenith, car sinon il risque de n'être bientôt plus qu'un souvenir, souvenir pour ses admirateurs. Je ne comprends pas bien l'espèce d'organisation privée (de bon sens et de prudence) qui régit la vie de l'idole des jeunes des années soixante : un jour opéré à Neuilly d'une hernie disquaire, quatre jours plus tard débarquant à Los Angeles, y prévoyant de se reposer un peu, pour -sans traîner- aller continuer à se reposer un peu en Suisse à Gstaad juste avant de chanter à Amiens. Se reposer à Gstaad, au milieu des paparazzis déjà arrivés pour surveiller Polanski ! La méthode de repos post-opératoire de ce sexagénaire est déroutante.
Si vous cherchez la bagarre...
Je n'ai jamais eu d'affinité ni d'attirance ni d'admiration pour Johnny Hallyday. Comme beaucoup de cette génération bénie des dieux (le plein emploi, l'explosion musicale, la libération des moeurs, la révolution de 68...), j'ai assisté à ses premiers pas (en réalité il se roulait plutôt sur le dos sur la scène) mais avec indifférence. Nous estimions, les copains et moi, (salut, les copains !) que ce prétendu Américain n'était pas de notre monde... car si Eddy Mitchell et Dick Rivers étaient aussi des pseudonymes, seul Johnny tenta de se faire passer pour Américain, au début. Il faut savoir qu'en ce temps-là les groupes émergents suscitaient des soutiens par clans : simplement, les supporteurs des Chaussettes Noires ne pouvaient pas en même temps donner leur suffrage aux Chats Sauvages. Il fallait choisir son camp et s'y tenir, la neutralité ou l'indifférence n'étaient point de mise. Le même phénomène opposait les Beatles aux Rolling Stones. J'avais choisi Chaussettes Noires et Beatles (cela, c'était compatible et admis), au point d'avoir exigé de ne plus porter que des chaussettes noires, le fabricant de chaussettes Stemm (Pingouin) étant devenu le sponsor du groupe Five Rocks à condition de le rebaptiser à sa marque. Johnny et ses fans portaient des blousons noirs et des jeans, les groupes français de rock se présentaient en costumes de scène chatoyants. "Etre un Blouson Noir" signifiait "être un voyou". On disait que ces individus étaient vulgaires et dangereux, qu'ils ne se déplaçaient jamais sans emporter comme accessoire de bagarre une chaîne de vélo. De fait, dès ses débuts, Hallyday déclencha systématiquement des bagarres et des actes de vandalisme. Et ce n'est pas terminé puisque le chirurgien l'ayant opéré en novembre vient de subir un passage à tabac en règle par des individus cagoulés.
Les chaussettes de contention noires
Aujourd'hui, je suppose que Dick Rivers et Johnny Hallyday se sont rangés aux recommandations de leurs médecins et portent des chaussettes de contention noires. La télé, qui est sur le qui-vive 24h/24 avec une équipe spéciale à Los Angeles pour couvrir l'événement considérable qu'est l'hospitalisation d'Hallyday, l'un des tout premiers soucis des Français actuellement, nous rapporte que les autochtones demandent à savoir quelle est cette énorme célébrité totalement inconnue là-bas. En vérité, Hallyday a connu des succès époustouflants aux Etats-Unis, il a rempli des salles à Las Vegas, comme Dean Martin, mais en amenant les spectateurs de France en charters spéciaux. Johnny Hallyday a démarré en tentant de se faire passer pour Américain, il s'est établi en Suisse pour payer moins d'impôts en France, et a demandé à obtenir la nationalité belge sans doute pour la même motivation fiscale. Ses enfants sont éduqués à Los Angeles afin d'échapper à la médiocrité de notre Education nationale. Il est cependant un ami proche du président Sarkozy. Je me souviens de Souvenirs, souvenirs comme l'un de ces succès simples et gais qui fleurissaient en ces temps d'insouciance et accompagnaient les amourettes de vacances...
Souvenirs, souvenirs
Je vous retrouve dans mon coeur
Et vous faites refleurir
Tous mes rêves de bonheur
Je me souviens d'un soir de danse
Joue contre joue
Des rendez-vous de nos vacances
Quand nous faisions les fous
Souvenirs, souvenirs
De nos beaux jours de l'été
Lorsque nous partions cueillir
Mille fleurs, mille baisers
Et pour mieux garder dans ma tête
Les joies de la belle saison
Souvenirs, souvenirs
Il nous reste nos chansons
