Continental va supprimer 1100 postes dans son usine de Clairoix dans l'Oise. Voilà la deuxième occasion en 48 heures pour les policiciens de tous bords de braire sur les ondes leur réprobation violente.
Ou bien tous ces pleureurs sont des hypocrites démagogues (mais ça m'étonnerait qu'il en existe dans le milieu politicien) ou bien ce sont des incompétents, donc indignes de conserver leur poste. Je pense que dans les deux cas les médias, pourtant si attachés à leur liberté, ne devraient pas offrir une tribune d'expression à des simulateurs ou des incompétents. Comme ça, à la place, la presse papier pourrait nous republier le meilleur de Guy de Maupassant, les radio-TV les plus grands succès de Jacques Brel (avez-vous remarqué, on ne l'entend plus jamais sur Europe1).
Après avoir poussé leurs cris lugubres pendant un ou deux jours, il réintégreront leur pré pour y brouter les grasses rémunérations que leur octroie leur position, aux frais du contribuable. C'est un métier, paraît-il. Je n'entends aucun de ces "responsables" proposer de l'action, non pour "interdire les licenciements" (méthode Besancenot et Royal qui nous installerait carrément le communisme), mais pour faire en sorte que l'économie fonctionne, seule voie possible pour la création d'entreprises et d'emplois et leur préservation.
Aucun de ces ânes ne semble avoir compris ce truc simple que je viens d'entendre expliqué par un quidam au bar-tabac du coin :
- les banquiers (surtout américains) nous ont foutu une pagaïe monstre avec leurs produits toxiques, le pot aux roses fut découvert en août-septembre 2008 -
- cela a déclenché la Grande Crise que vous savez -
- dans la Grande Crise beaucoup de consommateurs (pas tous, loin s'en faut, y'avait qu'à regarder le taux de remplissage record des stations de ski aux vacances de février pour comprendre que pour des millions de Français la Crise n'existe pas) ont moins de moyens ou craignent pour l'avenir -
- l'un des achats importants (et souvent non urgent) est l'automobile, il se vend beaucoup moins d'automobiles, partout -
- une voiture roulant sur quatre roues garnies de pneus, il se vend moins de pneus -
- la conséquence fâcheuse est qu'un fabricant de pneus n'est pas tenu de continuer à produire au même rythme qu'il y a un an, et de stocker dans des hangars des millions de pneus invendus (et donc non payés)... à moins de dire que l'on va obliger l'usine Continental dans l'Oise à garder ses 1100 travailleurs, continuer à fabriquer des pneus invendus par millions...quand on pense que l'unité de Clairoix a une capacité de 8 millions de pneus par an, dans 10 ans elle aurait produit 80 millions de pneus dont la plupart invendus (parce que trop chers, la direction a expliqué que cette usine n'était pas rentable)... et Continental à Clairoix recevrait pour cette mission sociale (mais totalement nuisible à l'environnement) les subsides de l'Etat, du contribuable.
En appliquant cette méthode à toutes les entreprises obligées de réduire leur personnel, dans trois ou quatre ans nous ne pourrions plus financer les entreprises soutenues par des fonds publics pour fabriquer des produits invendables et, plus grave encore, nous ne pourrions plus payer les fonctionnaires. Nous serions comme dans un film de Jacques Tati, partagé entre non-sens et horreur, avec d'un côté des usines produisant à la chaîne des articles invendables, pour occuper du personnel subventionné, et à l'extérieur le pays serait devenu un vaste coupe-gorge livré aux pillards de tous poils, Madame Royal ou Monsieur Besancenot en seraient le président sans émolument, sans moyens, sans pouvoir (puisque sans fonctionnaires). Mais au moins, nous aurions la joie d'avoir sauvé les 1100 emplois de l'usine Continental. On fait ce qu'on pneu.
Il aurait fallu commencer hier en sauvant les 130 emplois du chantier naval de Marseille. Non, il aurait fallu commencer bien avant, en 1909 par exemple, en sauvant par les subsides de l'Etat les emplois
des maréchaux-ferrants, cochers de fiacre, rémouleurs, rempailleurs de chaises, batteurs d'huile, dentellières, bistourneurs, sabotiers ...vous imaginez, si on avait préservé dès 1909 tous les emplois de sabotiers, les montagnes de sabots que nous aurions à notre disposition en 2009 ! Je ne trouve pas ça beau, la politique, quand elle est pratiquée par des incapables et des menteurs.
Le mieux serait que les politiques s'évertuent à mettre le pays dans l'environnement économique, fiscal, social le plus favorable pour que des entreprises se créent, prospèrent puis restent en France. Je me demande qui, dans notre personnel politique, a déjà pensé à cette idée puis l'a appliquée ? Certainement pas la Mère Aubry avec ses 35-Heures. Peut-on compter sur les politiques pour 1- avoir une telle idée, 2- surtout l'appliquer ? J'en doute. Un exemple : il y a dix ans toute la droite disait que le plan des 35-Heures était une erreur et n'allait rien apporter à l'emploi ; dans les dix ans qui ont suivi, cette erreur a été démontrée; mais entre-temps la droite qui rejetait les 35-Heures est revenue au pouvoir, depuis 7 ans déjà ; les 35-Heures sont toujours là : la droite qui disait que c'était une erreur funeste, a estimé qu'elle devait la laisser en place ! "On ne touche pas aux avantages acquis", dixit le Président Chirac. Plutôt périr. C'est comme la CGT, on ne renonce jamais à ses revendications : plutôt faire crever l'entreprise.
En France, à gauche comme à droite, il apparaît que la priorité soit d'amplifier et préserver "à tout prix" (vraiment) les avantages des salariés, et les décideurs gouvermementaux ne sont pas capables de se rendre compte que, si on tombe d'accord pour dire que c'est des entreprises privées (et souvent les moyennes et petites) que peut venir l'emploi, c'est "logiquement" (?) en direction de ces entreprises qu'il faut tourner les efforts d'aides, allègements de procédures, taxations... En Guadeloupe, au contraire, la tendance est de hurler sa haine des entrepreneurs et donner aux salariés des augmentations de salaires qui vont ensuite plomber leurs employeurs. Quand Madame Royal dit "il faut interdire les délocalisations", elle fonctionne avec le même logiciel : contraindre les entreprises, pas les aider à se déployer, encore moins leur donner des motifs de rester en France. En France, d'une manière largement répandue, l'entrepeneur est le salaud, l'exploiteur de la misère humaine. Les prud'hommes, chargés de régler les conflits employé-employeur, donnaient l'an dernier raison à l'employé dans plus de 70% des cas. Depuis la crise, mon cabinet d'experts-comptable m'apprend que la proportion s'est rapprochée des 90% : haro sur l'employeur, ce salopard, cet ennemi de classe